Liberté
Vous vivez le rêve, les gars
Un avis extérieur sur votre marketing, gratuitement →Hier soir, vers 22h, j’ai grimpé sur le toit de la voiture pour ouvrir la tente de toit. On venait de dîner, Laureline et moi. La nuit était tombée depuis longtemps, il faisait encore 32 degrés, et on était garés quelque part entre Cairns et Darwin, en plein milieu de l’outback australien.
J’ai allumé ma frontale.
Et je me suis figé.
Le sol de la tente était noir. Pas sombre — noir. Couvert, sur toute sa surface, d’une couche grouillante de punaises. Des milliers. Sur les sacs, sur l’oreiller de Laureline, dans les coutures du matelas. Je n’avais jamais vu ça de ma vie.
On a tout balancé dans la voiture en panique et on a dormi sur les sièges, fenêtres fermées malgré la chaleur. Réveil à 5h du matin. J’ai passé 5h à tout sortir, secouer, gratter. Et ce soir, en arrivant à notre nouveau spot pour dormir, j’en ai retrouvé des centaines, planquées dans des recoins que je n’avais pas vus.
Pour te poser le décor, on a quitté Cairns il y a deux jours. On venait de plonger dans la grande barrière de corail. Un truc dont j’avais rêvé toute ma vie.
Lucas et Amélie
Hier matin, pendant que je grattais la banquette arrière au lever du soleil, un couple d’Australiens à la quarantaine est sorti du 4x4 garé à côté du nôtre.
Lucas et Amélie. Ils s’avancent vers moi, l’air aussi cassés que je devais l’être, et Lucas lance :
“Salut les gars ! Alors vous aussi vous avez été envahis ? C’est une horreur ! Ça fait 3h qu’on essaie de tous les enlever.”
On a ri. Le genre de rire fatigué qu’on partage avec des inconnus quand on vient de vivre la même galère. Ils sont Australiens, ils traversent l’outback depuis vingt ans, et eux non plus n’avaient jamais vu ça.
On a bu un café ensemble sur le capot de leur 4x4. Lucas m’a demandé d’où on venait, ce qu’on faisait là. Je lui ai expliqué le tour du monde, le travail à distance, l’agence en France. Il m’a regardé avec un grand sourire et m’a dit*“vous vivez le rêve, les gars.”*
Je lui ai souri en retour. Mais à ce moment-là, je ne pensais pas du tout que je vivais le rêve.
Le message
C’est exactement à ce moment-là que mon téléphone a sonné.
Un client français avec qui je discutais depuis trois semaines venait de signer. Un contrat à plus de 20 000 euros pour qu’on travaille ensemble sur leur stratégie marketing globale — LinkedIn, SEO, GEO, Ads, emailing.
Le plus gros contrat du mois. Signé pendant que j’étais accroupi à côté d’une banquette pleine de punaises, les mains qui sentaient le répulsif, les vêtements pas lavés depuis deux jours.
Et là, je vais être honnête avec toi parce que c’est tout l’objet de cette newsletter.
Ma première pensée n’a pas été la fierté.
Ma première pensée, ça a été : qu’est-ce que je ne ferais pas en ce moment pour être dans une maison à la campagne en France, avec Laureline, mon chien, un café chaud, et un quotidien calme.
Pas une seconde. Plusieurs minutes. Je suis resté là, accroupi, le téléphone dans la main, à imaginer cette maison que je projette dans ma tête depuis des mois. Une grande baraque tranquille, des animaux, des arbres autour, et personne pour me demander si j’ai bien vécu le rêve.
Ce que je vends, et ce que je veux vraiment
Je passe ma vie à accompagner des entrepreneurs sur leur personal branding et le marketing. Je leur explique comment incarner une vision, comment vendre un mode de vie, comment se rendre désirables aux yeux de leur audience.
Et le mode de vie que j’incarne, moi, c’est le tour du monde. La liberté géographique. Les couchers de soleil sur la barrière de corail. Le mec qui ferme des contrats à 20k depuis l’autre bout du monde. C’est ce que les gens voient, et c’est en partie pour ça qu’ils me font confiance.
Sauf que ce que je veux vraiment, à 24 ans, dans cinq ou dix ans, c’est exactement le contraire.
Une grande maison à la campagne. Le calme. Des animaux. Des enfants. Pas la performance, pas la reconnaissance, pas le prochain pays. La paix.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait que je choisisse. Que vouloir la maison à la campagne, c’était trahir le mec qui vend le tour du monde. Que mes lecteurs voulaient un Stan toujours en mouvement, toujours en train de cocher un nouveau pays, toujours en train de prouver que la liberté géographique fonctionne.
Mais la vérité, c’est que je ne fais pas le tour du monde à la place de la maison à la campagne. Je le fais pour y arriver. Le voyage n’est pas le but. C’est le prix que je paie aujourd’hui pour avoir, plus tard, le droit de m’arrêter sans regretter.
Ma grand-mère est venue de Pologne à 16 ans sans parler un mot de français. Elle s’est construit une vie entière. Elle est morte avec un seul regret : ne pas avoir assez voyagé. Je fais ce tour du monde en partie pour elle. Pour ne pas hériter de ce regret-là. Pour pouvoir, quand je m’installerai dans cette maison à la campagne, le faire en sachant que je n’ai rien laissé à la porte.
Lucas avait tort, en fait. Je ne vis pas le rêve. Je le paie.
La conclusion
Je crois que beaucoup d’entrepreneurs se trompent sur ce qu’ils vendent et sur ce qu’ils veulent.
Ils construisent une marque autour d’un mode de vie qu’ils croient désirer, et un jour, accroupis quelque part avec un téléphone dans la main, ils réalisent qu’ils rêvent d’autre chose. Et au lieu d’admettre cette contradiction, ils la cachent. Ils continuent à vendre le rêve qu’ils n’habitent plus, parce qu’avouer ferait s’écrouler la marque.
Moi, je préfère te le dire. Je vis quelque chose d’incroyable, et j’en suis profondément reconnaissant. Mais ce que je veux vraiment, c’est plus calme, plus petit, plus enraciné. Et le tour du monde, c’est ce que je traverse aujourd’hui pour avoir le droit, demain, de m’arrêter sans regretter.
Dans cinq minutes, je vais éteindre cette frontale et dormir une deuxième nuit dans cette voiture.
Alors voilà ma question pour toi cette semaine : est-ce que le mode de vie que tu vends à ton audience est vraiment celui que tu veux vivre dans dix ans — ou est-ce que tu es en train de payer un prix pour quelque chose que tu n’as pas encore osé nommer ?
Réponds-moi pour me le dire. Je ne peux pas répondre à tout le monde, mais je lis chaque message.
C’est tout pour cette semaine.
À samedi prochain,
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