Ambition
Mais toi, tu as fait pareil
Un avis extérieur sur votre marketing, gratuitement →Hier après-midi, on roulait avec Laureline sur une piste de sable rouge dans le nord du Western Australia, quelque part entre deux gorges où on cherchait des cascades. La route est défoncée, il fait 38 degrés, et toutes les heures il faut traverser un ruisseau à gué en priant pour que la voiture passe.
C’est à peu près le seul moment de la journée où je n’ai ni Starlink, ni emails, ni clients. Juste de la piste, du silence, et Laureline à côté de moi.
Et c’est dans ces moments-là qu’on parle des choses qu’on n’a pas le temps d’aborder ailleurs. Hier, on a parlé de mon père.
Mon père a ouvert son garage automobile vers 20 ans. Il a aujourd’hui presque 40 ans de métier derrière lui. Dans sa ville, il est la référence, pas une grosse boîte, pas une levée de fonds, juste un mec qui a construit quelque chose à la force du travail. La vie est aisée. Il n’a jamais manqué de boulot.
Mais il a aussi loupé énormément de choses. Des moments en famille, des soirées avec ses amis, des trucs qu’il aurait voulu vivre. Et la raison principale, selon moi, c’est qu’il n’a jamais voulu déléguer. Pendant 40 ans, il a eu un seul employé. Le même mec, du début à la fin. Cet employé est parti à la retraite il y 3 ans, et mon père se retrouve seul, à 59 ans, à galérer comme s’il recommençait.
J’expliquais tout ça à Laureline en conduisant. Que c’était une grosse erreur. Qu’avec une équipe, il aurait pu se libérer du temps. Qu’il aurait probablement gagné plus. Que ne pas savoir s’entourer, c’est une faiblesse fatale pour un entrepreneur.
J’étais à fond dans mon analyse. Très clair, très sûr de moi.
Et puis Laureline s’est tournée vers moi et m’a dit : “Mais toi, tu as fait pareil pendant 3 ans.”
3 ans tout seul
Elle avait raison. Et ça m’a fait taire pendant les vingt kilomètres suivants.
J’ai créé mon agence il y a presque 5 ans. Les 3 premières années, j’ai tout fait moi-même. Le contenu, les rendez-vous clients, la stratégie, les livraisons, l’admin, la facturation, les relances, le SAV. Tout. Je conseillais des entrepreneurs sur la croissance, le marketing et le personal branding pendant la journée, et je galérais seul dans mon coin pour gérer mes propres opérations le soir.
Pourquoi j’ai mis 3 ans ?
Deux raisons, très honnêtement.
La première, c’était l’argent. Je voyais la dépense, pas le gain. Embaucher quelqu’un, c’était sortir du cash chaque mois pour un retour incertain. Alors qu’en bossant moi-même 14h par jour, je gardais 100% de la marge. Sur le moment, ça paraissait logique. Avec le recul, c’était une fausse économie.
La deuxième raison, c’était les histoires de mon père. Toute mon enfance, je l’ai entendu raconter des galères avec des employés. Notamment un mec qui lui avait mis le bordel dans la compta au début. Ces histoires ont fabriqué dans ma tête une image très claire : déléguer = se faire planter. Donc je ne déléguais pas. Je préférais tout porter.
On en a reparlé le soir, au campement, autour du dîner. Laureline ne lâchait pas le sujet. Elle m’a fait remarquer que je n’avais pas seulement reproduit le comportement de mon père, j’avais aussi avalé ses traumatismes comme s’ils étaient les miens. Pendant 3 ans, j’ai porté la peur d’un truc qui ne m’était jamais arrivé.
Le matin où Sabrina m’a dit ça
Le déclic, je m’en souviens précisément. Et je n’avais pas lu un livre de management ni écouté un podcast. Je me suis juste souvenu d’un matin chez Auchan.
À 21 ans, j’étais l’un des plus jeunes managers commerce d’Auchan France. Je gérais plus de 10 personnes, je faisais plusieurs millions d’euros de chiffre par an, et mon équipe me suivait. Pas par obligation, par envie.
Un matin, juste avant l’ouverture du magasin, on faisait notre point quotidien. C’était quelques jours avant mon départ pour un nouveau poste. Sabrina, une de mes collaboratrices, prend la parole devant tout le monde et me dit :
“Stan, on est tristes que tu partes. Tu es un très bon manager. On ne sait pas si on en trouvera d’autres comme toi qui sauront nous écouter.”
Tout le monde a hoché la tête. Et moi, à 21 ans, je me suis senti idiot parce que je ne savais pas quoi répondre.
Je me suis souvenu de ce moment un soir, sur ma terrasse en France, juste avant de partir en tour du monde. Et la question m’a sauté à la figure : qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi est-ce que le mec capable de faire bosser 10 personnes à 21 ans est devenu, à 23, incapable de bosser avec une seule autre personne ?
La réponse, c’est que rien n’avait changé chez moi. C’est juste que les histoires de mon père avaient pris plus de place dans ma tête que mes propres preuves.
J’ai recruté Toky la semaine suivante. Un mec génial, recommandé par une connaissance. Aujourd’hui, c’est mon assistant virtuel et il me fait gagner un temps fou. Et depuis, je me suis entouré de plusieurs autres entrepreneurs plus forts que moi dans leurs domaines. Mes clients premium ont accès à mes compétences et à celles des gens autour de moi. Tout le monde y gagne.
La conclusion
Je crois qu’il y a énormément d’entrepreneurs qui font la même erreur que moi pendant 3 ans. Ils refusent de s’entourer. Et ils se racontent que c’est par exigence, par souci du détail, par perfectionnisme.
Mais la vraie raison, la plupart du temps, c’est plus simple. C’est qu’on n’aime pas la dépense, qu’on a peur de se faire planter, et qu’on porte des traumatismes qui ne sont même pas les nôtres.
Mon père a construit quelque chose de beau à la force du travail. Je ne lui en veux pas, et je l’admire pour tout ce qu’il a bâti. Mais j’ai failli refaire son chemin sans m’en rendre compte, pas parce que j’étais d’accord avec sa façon de faire, mais parce que ses peurs avaient pris plus de place dans ma tête que mes propres preuves.
Heureusement, j’ai eu mon équipe. Et trois ans pour me souvenir d’une phrase entendue à 21 ans.
Alors voilà ma question pour toi cette semaine : qu’est-ce que tu refuses de déléguer dans ton business en ce moment, et est-ce que c’est vraiment par exigence, ou est-ce que tu portes une peur qui ne t’appartient même pas ?
Réponds-moi pour me le dire. Je ne peux pas répondre à tout le monde, mais je lis chaque message.
C’est tout pour cette semaine.
À samedi prochain,
Envie d'idées courtes sur le marketing qui rapporte ? Suivez-moi sur LinkedIn.