Pourquoi je veux arrêter à 45 ans

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Je t'écris depuis le Vanuatu un archipel au milieu du Pacifique dont la plupart des gens en France ne connaissent même pas le nom. Cette semaine on va vivre dans une tribu isolée, on va participer à une cérémonie ancestrale et demain on monte voir un volcan en éruption.

C'est l'endroit le plus déconnecté que j'aie visité depuis le début du tour du monde. Pas de banque, pas de carte bleue, pas de magasins comme on l'entend, l'argent n'a presque aucune valeur d'usage ici.

C'est précisément ici qu'hier soir à table avec Laureline sous une lampe on a validé le devis de l'excursion au volcan. Plus cher que ce qu'on dépense d'habitude, mais on n'a pas hésité longtemps, car voir un volcan en éruption à l'autre bout du Pacifique, ça avait du sens.

Je me suis rendu compte hier que je ne t'avais jamais expliqué, à toi, mon rapport avec l'argent.

Mes chiffres

Je n'ai jamais été précis sur mes chiffres dans cette newsletter et je crois que c'est devenu une dette envers toi.

Mon agence fait environ 15 000 euros de chiffre d'affaires par mois en ce moment. Je me paie entre 2 000 et 5 000 euros par mois selon le pays où on se trouve, je calibre sur le coût de vie réel. J'investis environ 1 000 euros par mois dans des outils. Le reste, entre 9 000 et 12 000 euros par mois part en investissements et en réserve pour de futurs projets. J'ai environ 200 000 euros de côté, j'investi dans l'immobilier, en bourse, en assurance-vie et dans quelques contrats annexes.

Pendant le tour du monde, on dépense ce que je me paie, tout simplement. On dort dans des logements normaux, on mange surtout local et ce qui nous coûte le plus cher ce sont les déplacements, les voitures et la nourriture. Quand quelque chose vaut le coup comme le volcan demain, on prend.

Voilà la photo financière, c'est moins glamour que ce que vendent certains entrepreneurs sur LinkedIn.

Mon objectif

Mon objectif financier est de pouvoir arrêter de travailler avant 45 ans.

Pas arrêter de bosser au sens de glander, mais arrêter au sens où je n'ai plus besoin de gagner un euro pour vivre la vie que je veux vivre. La vie que je veux vivre ce n'est pas une vie de yacht et de palace. C'est me balader, chercher des champignons en forêt, voir ma famille, faire du sport, construire des choses de mes mains.

Quand je liste ce que je veux vraiment faire à 45 ans, il n'y a presque aucune dépense dedans. Ce sont des choses gratuites ou presque.

Alors pourquoi est-ce que je passe ma vie d'aujourd'hui à mettre 11 000 euros de côté par mois pour me payer un truc qui ne coûte rien.

Ce que mon père m'a transmis sans le vouloir

Mon père a construit son garage à la force du travail à partir de ses 20 ans. C'est devenu la référence de sa ville, il a très bien gagné sa vie, il n'a jamais manqué de rien matériellement, mais il a aussi loupé énormément de choses.

Des soirées en famille, des week-ends, des moments avec ma mère, des trucs qu'il aurait voulu vivre et qu'il n'a pas vécus parce qu'il bossait.

À 24 ans je sais une chose avec certitude, je ne veux pas reproduire cette erreur-là.

Mon plan pour ne pas la reproduire, c'est de m'arrêter à 45 ans. De gagner assez d'ici là pour ne plus avoir à choisir entre le travail et la présence, de pouvoir dire oui à un dîner sans calculer si je peux me le permettre en termes de temps, de pouvoir aller voir un parent malade sans que ça plombe une deadline.

La contradiction que je porte

Sauf qu'il y a un truc qui mérite d'être posé sur la table et je crois que je viens seulement de le voir clairement ici en regardant ce volcan au loin depuis notre logement de fortune.

Pour ne pas reproduire le sacrifice de mon père, je suis en train de faire un pari long terme avec mon présent.

Je me paie modestement par rapport à ce que je pourrais, je ne prends pas la première classe quand le ratio confort sur coût ne le justifie pas pour moi, je ne valide pas les excursions vendues comme uniques quand je sens qu'elles ne le sont pas vraiment, je préfère marcher dix minutes que prendre un taxi quand il fait beau. Toutes ces décisions prises une par une sont assumées et logiques.

Cumulées sur vingt ans, elles dessinent quand même un projet précis : repousser le maximum de plaisir au moment où je n'aurai plus besoin de bosser.

Mon père s'est privé de présence pour bosser et moi je calibre soigneusement mes dépenses aujourd'hui pour pouvoir m'arrêter à 45 ans. Les deux ont une logique parfaite, mais à la fin, ce sont deux paris sur des moments qui n'arrivent peut-être jamais comme prévu.

Rien ne me garantit que j'arriverai à 45 ans, rien ne me garantit que je serai en bonne santé, rien ne me garantit que ceux que je veux voir à 45 ans seront encore là. Wanda ma grand-mère est morte avant d'avoir voyagé assez, les choses arrivent et les plans à 20 ans d'avance sont toujours des paris.

La conclusion

Demain on monte voir le volcan et je suis content de cette décision.

Pas content au sens héroïque comme si j'avais vaincu un démon intérieur, mais content au sens normal comme on est content de faire un truc qu'on a envie de faire. Cette excursion a du sens, elle correspond à ce pour quoi je suis venu jusqu'ici et je l'ai validée comme je valide tout ce qui a du sens.

En y réfléchissant ce matin, je me suis dit qu'il y a probablement plein de moments dans ma vie où je vais devoir me poser cette question :

" Est-ce que je calibre ma dépense ou est-ce que je calibre mon temps. Est-ce que je suis en train de gagner sur la stratégie long terme ou est-ce que je suis en train de perdre une expérience qui ne reviendra pas. "

Mon père aurait pris la décision de bosser à la place du volcan. Le moi de 45 ans la prendra peut-être pour rester chez lui, mais le moi de 24 ans la prend pour monter le voir.

Alors voilà ma question pour toi cette semaine : quel est le sacrifice que tu fais aujourd'hui pour un futur que rien ne te garantit et qu'est-ce que tu rates en attendant ?

Réponds-moi pour me le dire, je ne peux pas répondre à tout le monde mais je lis chaque message.

C'est tout pour cette semaine.

À samedi prochain.

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