On l'a fait

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Je t'écris depuis la Nouvelle-Zélande, depuis un van, vers le lac wanaka qui est l'île du Sud entre deux étapes et cette semaine il s'est passé un truc dans ce van qui ne ressemble à rien de ce que je t'ai raconté depuis le début.

On roulait, Laureline et moi, comme on roule depuis des mois.

À un moment sans que ce soit prévu, on s'est dit ce qu'on n'avait jamais osé se dire à voix haute.

Ça y est, on l'a fait !

Il nous reste trois mois : La Polynésie, le Chili, l'Argentine, et New York pour finir. Après ça, le retour en France, après plus de deux ans de tour du monde et pour la première fois depuis le départ, je sens la pression redescendre.

Parce que ce que je ne t'avais jamais dit, c'est qu'elle n'était jamais redescendue avant.

Le doute qu'on ne montre pas

Depuis le début de cette newsletter, je te raconte le tour du monde comme une décision assumée. Le mec qui fonce sans demander la permission, qui a quitté son poste chez Auchan, qui a pris un train à 17 ans pour Aix sans plan B.

Mais pendant 2 ans, tout le long, il y a eu le doute.

Pas le doute d'avoir fait le bon choix, mais le doute d'y arriver.

Est-ce que j'allais réussir à faire tourner une agence depuis un 4x4 en Namibie, depuis une tribu au Vanuatu, depuis un banc dans les rizières de Bali ?

Est-ce que l'argent allait suivre ?

Est-ce qu'on allait tenir jusqu'au bout, ou est-ce qu'on allait rentrer plus tôt que prévu, la queue entre les jambes, avec un tour du monde à moitié fait ?

Ce n'est pas un doute qu'on dit. Ni à ses lecteurs, ni à ses clients, ni à sa famille. Tu ne peux pas écrire "je t'écris depuis la Namibie" et ajouter en dessous "et je ne suis pas sûr de tenir jusqu'à Noël".

Alors tu ne l'écris pas.

Tu avances, tu prends les calls, tu livres et le doute reste dans le van avec toi.

Sur un point, on savait qu'on ne risquait rien, se supporter à deux 24h sur 24, ça faisait déjà plus de sept ans qu'on vivait ensemble la question ne s'est jamais posée.

Mais le reste, tout le reste, était ouvert.

Les pays compliqués

Je n'ai jamais failli arrêter, je tiens à être précis là-dessus parce que ce serait facile de dramatiser.

Mais j'y ai réfléchi plusieurs fois.

Surtout dans les pays compliqués, quand on était loin de tout avec peu de confort, une connexion qui tombait, des journées où le simple fait de trouver à manger et un endroit où dormir prenait toute l'énergie qu'il aurait fallu pour bosser.

Ces jours-là, la question revenait.

Pas "est-ce qu'on rentre", plutôt "est-ce qu'on est en train de se raconter une histoire". Est-ce que c'est vraiment possible ce truc ou est-ce qu'on est juste deux gamins qui refusent de voir qu'ils sont au bout.

Et à chaque fois on repartait le lendemain, pas par héroïsme, parce que rentrer aurait été pire que continuer et parce que le lendemain était toujours un peu plus simple que la veille.

Ce qui est bizarre, c'est que je n'ai jamais compté ces moments comme des victoires. Chaque pays traversé, chaque contrat signé depuis l'autre bout du monde, chaque mois où le compte tenait, je ne me suis jamais dit "ça, c'est gagné".

Je me disais "ok, on verra le prochain".

Et puis il y a eu le van cette semaine, Laureline et cette phrase qu'on s'est dite en regardant la route.

On l'a fait !

La conclusion

Je passe mon temps à dire à mes clients de regarder le chemin parcouru.

Que le passé est le passé, qu'on transforme, qu'on ne ressasse pas et pendant deux ans, je n'ai pas été capable de m'arrêter cinq minutes pour reconnaître que ce que j'étais en train de faire, je l'avais déjà fait. Il a fallu que la fin soit visible pour que je m'autorise à le voir.

Je ne sais pas ce que ça dit de moi, peut-être que le doute était le carburant et que si j'avais su plus tôt que ça marchait, j'aurais moins bossé.

Peut-être que c'est juste ma façon de fonctionner et que je ferai pareil avec la suite.

Parce que la suite, on ne la connaît pas.

On parle d'une maison autonome si on y arrive.

On parle d'un lieu où je pourrais accueillir des entrepreneurs pour des séminaires et où Laureline pourrait faire son truc à elle, mais rien n'est décidé.

Et pour la première fois, je crois que ça ne me fait pas peur.

On a trois mois.

Je vais essayer de les vivre en sachant que c'est déjà gagné, au lieu d'attendre la fin pour le savoir.

Alors voilà ma question pour toi cette semaine : qu'est-ce que tu as déjà réussi, là, maintenant, sans jamais t'être autorisé à le dire parce que tu attends la fin pour avoir le droit ?

Réponds-moi pour me le dire, je ne peux pas répondre à tout le monde mais je lis chaque message.

C'est tout pour cette semaine.

À samedi prochain.

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