Mental
Je n'ai pas le bagage que je voudrais
Un avis extérieur sur votre marketing, gratuitement →Je t'écris depuis Raja Ampat dans l'archipel le plus éloigné de l'Indonésie à plusieurs avions et plusieurs bateaux de la civilisation. On est venus pour la plongée des coraux comme on n'en voit nulle part ailleurs, des raies manta, des bancs de poissons qui obscurcissent la lumière du soleil quand on est sous l'eau.
Entre les plongées il n'y a pas grand chose à faire ici. Pas de café à explorer, pas de musée, pas de ville. Juste la mer, la jungle et beaucoup de temps de cerveau libre.
C'est dans ces moments-là que je tombe toujours sur la même pensée, une pensée qui me revient depuis des mois et que je n'avais jamais formulée publiquement.
Je n'ai pas le bagage culturel que je voudrais avoir.
Le gamin qui lisait les résumés sur internet
J'étais ce genre de gamin à l'école, quand on devait lire un livre pour le cours de français, je n'ouvrais même pas le livre, j'allais chercher le résumé sur internet, je notais trois citations, je pondais une fiche et j'étais tranquille.
Je trouvais l'école inutile, une corvée à expédier le plus vite possible pour avoir mes après-midis libres. Apprendre une date d'histoire, mémoriser une règle de grammaire, comprendre un théorème... tout ça me semblait n'avoir aucun intérêt par rapport à ce que je voulais vraiment faire de mes journées.
Qui était jouer à la PlayStation ou retrouver mes potes dehors.
Mon père était entrepreneur et un mec qui construit son garage à la force du travail à cet âge-là, ça ne compte pas ses heures. Il commençait à 7h et il rentrait à 20h, c'était sa vie et c'est en grande partie cette vie qui m'a transmis le goût d'entreprendre, mais à 12 ans ça voulait aussi dire qu'on dînait à 20h et qu'on allait au lit ensuite.
Personne ne vérifiait mes devoirs et moi à cet âge-là, livré à moi-même, je faisais ce que je voulais faire.
Cela dit et je veux que ce soit clair, même si mon père n'a jamais pu être présent pour vérifier mes cahiers, il m'a toujours soutenu dans la direction que je voulais prendre. Il ne m'a jamais imposé un chemin, il a fait confiance à mes choix, même quand ils ressemblaient à n'importe quoi vus de l'extérieur. C'est ce soutien-là qui m'a permis de me lancer plus tard et je lui en suis profondément reconnaissant.
Les bibliothèques que je n'ai pas vues
Chez certains de mes potes c'était l'inverse, leurs parents rentraient à 17h, ils pouvaient les aider et après les devoirs il y avait des livres partout dans la maison. Pas trois bouquins sur une étagère, des bibliothèques entières dans le salon, dans les chambres, dans les couloirs.
Quand ils avaient une dissertation à faire, leurs parents pouvaient les aider. Quand ils ne comprenaient pas un théorème, quelqu'un savait l'expliquer. Quand ils tombaient sur un mot qu'ils ne connaissaient pas dans un livre, il y avait un dictionnaire à portée de main et quelqu'un pour leur dire que ce mot venait du grec ou du latin.
Mes parents n'ont jamais eu cette éducation-là, ils ont construit leur vie autrement avec d'autres talents et ils ont magnifiquement réussi à leur manière, mais ils n'avaient pas reçu ce type d'héritage et donc ils ne pouvaient pas me le transmettre.
Je suis le premier de la famille à avoir eu un bac général et un master. Avant moi, personne n'avait fait d'études longues et même si j'aurais pu lire de moi-même, personne ne m'en empêchait à 14 ans on ne va pas chercher tout seul ce qu'on ne nous a jamais montré.
Ce que je paye aujourd'hui
Le problème, c'est qu'aujourd'hui je le sens.
Je le sens quand j'écris et que je cherche un mot qui m'échappe, que je tourne autour pendant cinq minutes parce que je n'ai pas le réservoir. Je le sens quand je lis quelqu'un qui maîtrise sa langue avec une finesse que je n'arrive pas à atteindre. Je le sens dans certaines conversations avec des gens plus cultivés que moi, où je hoche la tête mais où une référence vient de m'échapper.
J'ai eu beaucoup de chance d'avoir trouvé le marketing comme métier. Le copywriting et le ghostwriting m'ont forcé à travailler la langue tous les jours pendant des années et ça a compensé une partie du manque, mais ce n'est pas la même chose. Le copywriting t'apprend à vendre avec des mots, la culture t'apprend à penser plus profondément avec ces mêmes mots.
Mes idées arrivent vite, je les formule clairement, mais elles s'arrêtent à un certain étage. Il y a des étages au-dessus que je devine, mais que je n'arrive pas à atteindre parce que le bagage qui me permettrait d'y monter, je ne l'ai pas construit quand il fallait.
La conclusion
Je passe ma vie à dire à mes lecteurs qu'il faut foncer, qu'il faut se lancer avant d'être prêt, qu'apprendre en faisant est la seule voie qui marche vraiment. Je continue à le penser, mais aujourd'hui je veux compléter ce message par autre chose.
Foncer c'est nécessaire pour construire, mais ce n'est pas suffisant pour penser profondément ce qu'on construit et un entrepreneur qui ne pense pas profondément ce qu'il construit finit toujours par le sentir, à un moment où à un autre.
Ici à Raja Ampat, entre deux plongées, je viens de relire trente pages d'un livre sur l'histoire de l'Indonésie pendant la colonisation néerlandaise.
Personne ne me l'a demandé, ça ne va me rapporter aucun client, mais je sens déjà que je vais regarder la mer différemment cet après-midi.
Alors voilà ma question pour toi cette semaine : qu'est-ce que tu n'as pas appris au moment où il fallait l'apprendre et qu'est-ce que tu fais aujourd'hui pour rattraper ce manque sans en faire un nouveau business ?
Réponds-moi pour me le dire, je ne peux pas répondre à tout le monde mais je lis chaque message.
C'est tout pour cette semaine.
À samedi prochain.
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