Il a 9 ans et il a gagné 100 euros

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Je t'écris depuis la Nouvelle-Calédonie où je passe quelques semaines avec ma famille et cette semaine je veux te parler de mon neveu Louis.

Louis a 9 ans, il est fan de cartes Pokémon depuis tout petit, bien avant que ça redevienne à la mode, il n'a pas attendu la hype comme beaucoup, mais le problème avec les cartes Pokémon c'est que pour un gamin de 9 ans ça coûte cher et que ce sont les parents qui paient.

Booster après booster, la facture monte, et à un moment les parents disent non.

C'est là que j'ai vu une opportunité pour lui apprendre à les gagner.

Quinze euros le jardin

Je me suis posé avec lui et son carnet et on a fait ce que je fais avec n'importe quel client qui veut lancer quelque chose, on a posé les chiffres.

D'abord ce qu'il voulait, le prix des cartes qu'il visait, combien il lui fallait.

Ensuite ce qu'il avait, le nombre d'heures qu'il pouvait y consacrer en dehors de l'école sans que ça devienne une corvée.

Et enfin ce qu'il pouvait vendre.

Louis vit avec ses parents dans une résidence militaire, son père est militaire et toutes les familles ont des maisons avec des jardins. Sauf que la majorité des gens n'ont pas le temps de s'en occuper et les branches traînent, les feuilles s'accumulent, les haies débordent.

Alors on a fixé un prix, 15 à 20 euros le jardin selon la taille pour ramasser les branches, passer le râteau, dégager ce qui traîne et on a travaillé la partie la plus importante, celle que la plupart des adultes bâclent.

Comment aborder les gens pour avoir le plus de chances qu'ils disent oui, qui aller voir en premier, quoi dire en arrivant et comment expliquer pourquoi il faisait ça.

Le jour où il y est allé, il a tourné un moment avant de se décider et je l'ai laissé tourner, parce que c'est là que ça se joue.

Et puis il a toqué, il a demandé s'il pouvait nettoyer le jardin, il a expliqué qu'il voulait s'acheter des cartes Pokémon avec son propre argent et il a donné son prix.

J'ai des clients de 45 ans qui n'arrivent pas à faire un pitch aussi propre.

Au total, les jardins lui ont rapporté 100 euros et il s'est acheté ses cartes avec son argent à lui, pas celui de ses parents.

En le regardant partir avec son râteau ce premier jour, j'ai repensé au gamin que j'étais à son âge. À 14 ans je restais planté vingt minutes sur le trottoir devant la boulangerie en attendant qu'il n'y ait plus personne pour oser entrer acheter une baguette.

Louis à 9 ans va toquer chez des inconnus pour leur vendre un service. Il a cinq ans de moins que moi à l'époque et vingt ans d'avance.

Le catamaran

Il y a eu d'autres moments comme ça pendant ces semaines.

Un jour sur un catamaran, Louis m'a dit qu'il voulait devenir menuisier plus tard et puis il m'a demandé si menuisier ça gagnait beaucoup.

Je lui ai expliqué que ça dépendait de plein de choses comme de l'expérience, des compétences, de si tu es salarié ou si tu montes ta boîte et je lui ai aussi expliqué qu'un métier n'est pas la seule façon de gagner de l'argent, qu'il y a le travail, mais aussi les investissements, l'immobilier, la bourse...

Un autre jour il m'a demandé ce que je faisais dans la vie. Il ne connaît pas d'autres entrepreneurs, il ne comprenait pas bien. On a fini par parler de comment marche l'Urssaf, des impôts, de ce que ça veut dire d'avoir sa propre entreprise.

Je ne rentre pas dans tous les détails à chaque fois, mais je provoque ces discussions volontairement et je le fais exprès depuis qu'il est petit.

Parce que je sais ce que la majorité des gens diraient. "Rho c'est un gosse il comprend rien."

Sauf que ce n'est pas vrai, même s'il ne comprend et ne retient que 20 % de ce que je lui dis il aura déjà de l'avance et je continuerai à lui en parler au fil des années pour qu'il la garde.

Le jour où il aura 18 ans et qu'il sera face à un contrat, un salaire, un loyer, un impôt, il ne sera pas perdu comme le sont 99 % des gens à cet âge-là, moi compris à l'époque.

La conclusion

Quand j'étais gamin ma grand-mère Wanda venait me chercher tous les week-ends pour m'emmener dans sa maison de campagne. On faisait le jardin, on cuisinait, elle me montrait les cassettes de ses défilés et me racontait comment elle s'était construite à partir de rien.

Je ne comprenais pas tout, je retenais peut-être 20 %.

Ces 20 % ont fait de moi celui que je suis. Le goût de faire, le goût de construire, l'idée qu'on peut partir de zéro et arriver quelque part.

Je crois que c'est ça que j'essaie de faire avec Louis. Pas en faire un entrepreneur, il sera peut-être menuisier et ce sera très bien, mais lui donner les 20 % qui feront qu'à 18 ans il ne sera pas perdu.

Alors voilà ma question pour toi cette semaine : qu'est-ce que tu ne dis pas aux enfants autour de toi parce que tu penses qu'ils sont trop petits pour comprendre et qu'est-ce que tu aurais aimé qu'on te dise à leur âge ?

Réponds-moi pour me le dire, je ne peux pas répondre à tout le monde mais je lis chaque message.

C'est tout pour cette semaine.

À samedi prochain.

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