Liberté
Putu et trois temples
Un avis extérieur sur votre marketing, gratuitement →Je t'écris depuis Bali dans le centre de l'île loin des plages et des rooftops qu'on voit sur Instagram. On est dans un village où vit la famille balinaise qui nous accueille depuis quelques jours, à dix minutes en scooter du dernier supermarché et à quarante minutes du premier touriste qu'on a croisé. C'est le genre d'endroit où le coq chante à 5h, où les gens balayent leur entrée à 6h et où à 7h tout le village a déjà commencé sa journée.
Ce qui est rare, c'est que je ne suis pas seul ici avec Laureline. Sa mère et sa sœur sont venues nous rejoindre, on ne les avait pas vues depuis plus d'un an et demi. C'est aussi la première fois qu'elles partaient aussi loin de la France de toute leur vie.
Et cette semaine on a vécu Galungan et Kuningan dans ce village. Les deux plus grandes fêtes religieuses de Bali qui s'enchaînent sur dix jours.
Le premier soir
On ne savait pas que c'était Galungan ce jour-là, on est juste rentrés manger dans un warung en bas de la rue, vers la fin du repas, la mère de la famille qui tient le warung nous a prêté un sarong à chacun, ce long tissu qu'on noue autour de la taille et qui est obligatoire les jours de fête religieuse. La mère de Laureline a éclaté de rire en essayant de nouer le sien et la dame du warung lui a refait le nœud comme on rhabille un enfant.
On est ensuite sortis dans la rue et on s'est arrêtés net.
Tout le village paradait. Des familles entières, des dizaines d'enfants en costume, des bambous géants courbés au-dessus de nos têtes, des gongs, des chants. Personne ne nous regardait comme des touristes, on était juste là dans le flot avec nos sarongs prêtés par une inconnue. La sœur de Laureline ne parlait plus, elle filmait avec son téléphone et elle pleurait un peu sans le montrer.
Putu
Le dernier jour, Kuningan, c'était une autre famille qui nous a accueillis dans ce que les Balinais appellent un compound familial. Plusieurs petites maisons indépendantes regroupées autour de cours intérieures et de temples privés, où plusieurs générations vivent ensemble. C'est Putu, le père de la famille qui nous a pris sous son aile.
Il a commencé par nous apprendre à mettre la tenue traditionnelle. Pas un sarong noué à la va-vite cette fois, la vraie tenue, avec le tissu plié d'une manière précise, la chemise blanche et le bandeau de tête. Il a corrigé ma tenue trois fois en riant, sans aucun jugement, avec la patience de quelqu'un qui sait que les choses prennent le temps qu'elles prennent.
Ensuite Putu nous a emmenés visiter trois temples. Celui de sa maison, celui de sa famille élargie et celui du village. Dans chacun on a rencontré ses proches, ses amis, ses voisins et tout le monde nous accueillait avec un sourire qui n'avait rien de forcé, des mains qui se joignaient devant le cœur, des prénoms qu'on essayait de retenir et qu'on prononçait mal.
Et dans chaque temple, Putu nous a appris le rituel avec l'encens qu'on allume dans un certain ordre, les fleurs qu'on dépose en faisant attention à la couleur et à la direction, le riz humide qu'on colle sur le front et sur le creux du cou après la prière. Tout a un sens, tout a une histoire et il prenait le temps de nous expliquer chaque geste comme si c'était la chose la plus importante du monde.
La mère et la sœur de Laureline étaient bouleversées. La sœur me l'a dit en remontant la rue à la fin de la journée, "je n'aurais jamais imaginé être accueillie comme ça par des gens qui ne nous connaissaient pas il y a dix minutes."
Ce que je ne veux plus
Pendant un an et demi j'ai traversé le monde, j'ai vu des paysages incroyables, j'ai rencontré des gens magnifiques, j'ai construit mon agence à distance, j'ai signé des contrats à 20 000 euros depuis des cafés à l'autre bout de la planète. Sur le papier je vis la vie dont tout le monde rêve.
Mais sur cette rue avec la sœur de Laureline qui pleurait à moitié de gratitude, j'ai eu une pensée très claire, une de celles qui ne se discutent pas.
Je ne veux plus jamais être loin de mes proches aussi longtemps.
Je ne sais pas encore ce que je veux exactement pour la suite, c'est trop tôt et de toute façon je crois que personne ne sait vraiment ce qu'il veut à 24 ans, mais je sais ce que je ne veux plus.
C'est probablement la seule certitude qu'on peut vraiment ramener d'un tour du monde. Pas une vision, pas un grand projet, pas une stratégie de vie en cinq points, juste une ligne qu'on n'acceptera plus de franchir.
La conclusion
Voilà la leçon que je veux te laisser cette semaine et elle s'applique autant au business qu'à la vie.
On passe énormément de temps à essayer de savoir ce qu'on veut. Quelle stratégie adopter, quelle offre lancer, quel positionnement choisir, quelle vie construire et c'est épuisant parce que c'est presque impossible à formuler clairement quand on est jeune ou quand on est au milieu d'une période de construction.
Ce qui est beaucoup plus facile à formuler et infiniment plus utile, c'est ce qu'on ne veut plus et cette semaine je sais que je ne veux plus de longues périodes loin de ceux que j'aime.
Le reste je l'inventerai en chemin, mais cette ligne-là est posée.
Putu nous a serrés dans ses bras en partant, il nous a dit de revenir quand on voulait et que sa maison serait toujours ouverte.
Alors voilà ma question pour toi cette semaine : qu'est-ce que tu ne veux plus, toi, dans ta vie ou dans ton business et est-ce que tu as déjà eu le courage de le dire à voix haute ?
Réponds-moi pour me le dire, je ne peux pas répondre à tout le monde mais je lis chaque message.
C'est tout pour cette semaine.
À samedi prochain.
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