Je suis désolé si je te fais répéter

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Je t'écris depuis la maison de Suzie à une heure de Perth dans le Western Australia. Demain matin à 11h on prend l'avion pour Bali, la voiture qui nous a portés à travers tout le pays a été vendue cette semaine à deux Françaises très sympas et une étape se ferme.

Ces derniers jours chez Suzie ont été simples et bons. On lui a appris la blanquette de veau et elle nous a fait découvrir sa cuisine australienne, j'ai coupé un arbre à la tronçonneuse dans son jardin et passé des heures au rotofil pendant qu'elle retournait la terre de son potager. Le soir on dînait longtemps et elle nous racontait l'Australie comme aucun guide ne le fait.

J'ai protégé ces matinées avec elle, de 9h à 14h j'étais à fond avec Suzie sans regarder mon téléphone, mais à partir de 15h je m'installais sur la table en bois de la dépendance et je codais jusqu'à 18h. Ensuite on dînait tous ensemble jusqu'à 20h puis je remontais coder jusqu'à minuit, j'ai fait ça six jours d'affilée et j'avais bloqué la semaine pour ne faire que ça, aucune autre tâche en parallèle.

Je construisais une app pour mes clients.

Je ne découvre pas l'IA, je m'intéresse aux outils depuis le début de cette vague autant pour moi que pour les implémenter chez mes clients, mais coder une app entière en six jours c'était une première et je l'ai fait parce qu'un client il y a quelques semaines m'a dit une phrase qui m'a achevé.

La phrase

C'est un client dans la pharma, une boîte qui fait plus de 10 millions d'euros de chiffre avec 50 personnes en interne (du sérieux).

On était en call un mardi matin et je lui demandais où il en était sur les validations que je lui avais envoyées la semaine d'avant, il y a eu un silence puis il m'a dit :

"Stan je t'avoue que je sais que tu fais du bon taff, mais le truc c'est que je n'arrive pas à suivre. En ce moment on se fait bombarder, désolé si je te fais répéter des choses et si je mets du temps à valider."

Il s'excusait, le client s'excusait alors que le problème n'était même pas le sien.

J'ai raccroché et j'ai fermé mon ordi et je suis sorti marcher pendant une heure, j'avais compris quelque chose que je sentais venir depuis plusieurs mois, mais que je n'avais jamais voulu regarder en face.

Le petit freelance dans le costume premium

Voilà ce que je faisais sans m'en rendre compte.

Je signe des contrats à plus de 20 000 euros et je vends une expertise marketing complète sur LinkedIn, SEO, GEO. Ads,emailing... mes clients sont des structures sérieuses parfois des boîtes à plusieurs dizaines de millions d'euros et sur le papier je joue dans la cour des grands.

Mais pour leur livrer le boulot je leur envoyais des fichiers Google Drive éparpillés des Notion partagés des Loom de cinq minutes par email et des récaps WhatsApp, il fallait qu'ils ouvrent quinze onglets pour retrouver une simple validation à faire.

Je leur facturais comme une agence mais je leur livrais comme un freelance débutant.

Le truc intéressant c'est que mes clients me prennent pour la raison inverse, le jeune de 24 ans qui arrive à se démarquer face à des dirigeants de 40 ans, qui ne passe pas par quatre chemins pour dire ce qu'il pense et avec qui on rigole quand on construit un projet. Cette simplicité-là je ne veux pas la perdre, c'est même ma force.

Mais à un moment il faut savoir distinguer la simplicité qui rapproche et celle qui charge le client, garder les blagues sur WhatsApp à 22h ça rapproche, forcer un dirigeant à ouvrir quinze onglets pour valider un livrable ça charge et c'est cette frontière que je n'avais pas vue.

Le mec de la pharma qui s'excusait de ne pas suivre ce n'était pas son problème, c'était le mien, j'avais empilé tellement de canaux et de fichiers qu'un dirigeant de boîte à 10 millions ne pouvait plus suivre sans s'épuiser.

J'avais grandi dans mes prix sans grandir dans ma structure et le client payait la facture à ma place, pas en argent mais en charge mentale.

Six jours sur la table de Suzie

Donc je m'y suis mis.

J'ai pris Claude Code et j'ai ouvert un projet vide et j'ai commencé à coder une app pour mes clients, j'avais déjà des bases parce que je joue avec ces outils depuis longtemps.

Six jours, sept heures de code chacun en moyenne entre les sessions de l'après-midi et celles de la nuit, Laureline me trouvait à minuit avec les yeux explosés devant l'écran, mais le matin j'étais debout pour aider Suzie dans le jardin.

Je voulais les deux et je les ai eus tous les deux.

Au bout des six jours j'avais une app, mes clients y voient leurs livrables ceux faits ceux en cours et ceux à venir, ils voient leurs résultats en temps réel et ils valident en deux clics, ils reçoivent une notif quand j'attends quelque chose d'eux, ils ont accès à tous les outils en un seul endroit et moi je sais en trois secondes où en est chaque dossier.

J'ai présenté l'app à mes premiers clients cette semaine et les retours m'ont fait quelque chose, le regard a changé. Ce n'est plus "Stan le freelance sympa qui bosse depuis l'Australie", c'est "Stan qui a une vraie structure derrière lui", même si la vraie structure c'est toujours juste Toky et moi.

La conclusion

Voilà la leçon que je veux te laisser cette semaine parce que je crois qu'elle s'applique à beaucoup d'entrepreneurs qui me lisent.

Quand tu commences à facturer plus le réflexe naturel c'est de te payer plus, de passer en classe affaires, de prendre l'hôtel un cran au-dessus, de t'offrir le restaurant que tu regardais en vitrine il y a deux ans. Tu as tout à fait le droit de le faire de temps en temps, mais le risque c’est que ça devienne une habitude.

Facturer plus n'est pas se payer plus, c'est d'abord avoir les moyens de réinvestir dans son propre business, dans ses outils dans ses systèmes dans la qualité d'expérience qu'on offre à ceux qui paient ce prix-là. C'est ça qui crée l'effet boule de neige et qui te permet plus tard de te payer plus durablement.

Moi je suis en tour du monde depuis un an et demi, je pourrais voyager en première classe, dormir dans des lodges à 800 euros la nuit et prendre des excursions de luxe en boucle. Je ne le fais pas, je préfère investir dans une app qui sert mes clients, dans Toky qui me fait gagner du temps et dans des outils qui montent mon niveau de jeu.

Le client de la pharma a eu la gentillesse de me dire ce que d'autres clients silencieux n'auraient probablement jamais dit, ils auraient juste fini par partir.

Alors voilà ma question pour toi cette semaine : la prochaine fois que tu signeras un contrat plus gros que les précédents est-ce que tu vas te payer plus ou est-ce que tu vas d'abord réinvestir pour devenir digne du prix que tu as facturé ?

Réponds-moi pour me le dire. Je ne peux pas répondre à tout le monde, mais je lis chaque message.

C’est tout pour cette semaine.

À samedi prochain.

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